Les suicides en prison, ce fléau que la France n’arrive pas à juguler

Le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, en visite à la prison de Villepinte le 4 février dernier. Crédits photo: Thomas Samson/AFP
Le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, en visite à la prison de Villepinte le 4 février dernier. Crédits photo: Thomas Samson/AFP – Crédits photo : THOMAS SAMSON/AF

INFOGRAPHIES – En 2015, 115 suicides ont eu lieu dans les prisons françaises. Un chiffre en hausse par rapport en 2014. Conditions de vie, surpopulation carcérale, manque de surveillants…

Le Figaro tente de faire le point sur les causes de cet échec.

D’année en année, les chiffres sur les suicides en prison ne cessent de montrer une réalité: la France est dans une impasse. Depuis le début de l’année, de nombreux détenus ont mis fin à leur jour dans les geôles françaises, dont le dernier, mercredi, dans sa cellule de la maison d’arrêt du Puy-en-Velay (Haute-Loire). Parmi les plus médiatisés, on trouve aussi Romain Farina, l’ex-directeur de l’école de Villefontaine, en Isère, soupçonné d’avoir agressé sexuellement une soixantaine d’enfants, qui s’est pendu dans sa cellule le 5 avril. Mais il n’est que la partie émergée de l’iceberg. Pour un détenu médiatisé qui se suicide, ils sont des dizaines d’anonymes à passer à l’acte, dans l’indifférence générale. Selon les chiffres de l’année 2015 du ministère de la Justice, auxquels Le Figaro a eu accès, pas moins de 115 personnes se sont suicidées en prison. À titre de comparaison, ils étaient 93 en 2014.

Face à ce fléau, la France a pourtant réagi dès juin 2009 en déployant un plan national de prévention et de lutte contre le suicide en prison. Ce dernier a introduit des mesures visant à respecter davantage l’intégrité de la personne. Les multiples rondes de nuit, la dotation de pyjamas déchirables et de couvertures indéchirables aux détenus victimes de crises suicidaires, la mise en place de codétenus de soutien ou encore la lutte contre le sentiment d’isolement au quartier disciplinaire ont notamment été instituées dans de nombreux établissements. Si, dans un premier temps, le nombre de suicides avait effectivement baissé entre 2011 et 2014, il a par la suite augmenté de façon préoccupante. Et le Garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, a rappelé le 6 avril, en citant une étude de l’Institut national d’études démographiques (Ined), qu’en France «on se suicide sept fois plus en prison qu’en dehors».

En Europe, la France fait partie des derniers de la classe depuis longtemps. Le nombre de suicides, même lorsqu’il était au plus bas sur ces dix dernières années, restait le plus élevé du Vieux continent, d’après l’enquête Space du Conseil de l’Europe réalisée tous les ans. Pis, avec 12,4 suicides dénombrés pour 10.000 détenus, la France figurait en 6e position en 2014, largement devant des pays de taille équivalente comme les Pays-Bas (3,8%) ou même la Hongrie (3,8%).

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