Les chiffres de la surpopulation carcérale

Par Jean-Marc Leclerc
Mis à jour le 08/08/2016 à 20h28 | Publié le 08/08/2016 à 19h07

VIDÉO – Rompant avec la politique de l’ancienne ministre de la Justice, le chef du gouvernement promet un plan à l’automne pour construire des places de prison supplémentaires.

La surpopulation carcérale? «Face à cette situation, le gouvernement agit et il agit tout particulièrement depuis que Jean-Jacques Urvoas est garde des Sceaux.» Par cette formule, Manuel Valls, visait à mi-mots, ce lundi, à Nîmes, l’ancienne ministre de la Justice, Christiane Taubira. C’est que le contexte sécuritaire a changé depuis les attentats islamistes en France. Et le premier ministre aimerait sans doute faire oublier ces années où l’incarcération était quasiment présentée comme la cause du crime. Ce temps pas si lointain où il fallait à tout prix préférer à la prison des solutions alternatives, comme la fameuse «contrainte pénale».

eux qui suivent ces questions dans l’opposition ne sont tout de même pas dupes. «La gauche porte la responsabilité de la suppression du plan prison de 20.000 nouvelles places qu’avait fait voter Nicolas Sarkozy en 2012», rappelle le député les Républicains (LR) du Rhône et ex-magistrat Georges Fenech. «Manuel Valls est comptable de ces errements et de ces retards», insiste son collègue LR de l’Yonne, Guillaume Larrivé. Quant au député LR des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti, il dit se méfier de cette «rédemption bien tardive» chez les socialistes, quelques mois avant la présidentielle…

Quoi qu’il en soit, l’hôte de Matignon assure que «des pistes seront présentées à l’automne avec un plan spécifique concret, précis et financé». Encore faut-il que les budgets votés soient exécutés. Ce qui n’a pas été le cas pour la police, par exemple. Cette visite à Nîmes, en tout cas, était une occasion pour l’exécutif de faire un peu de «teasing», alors que le feu couve dans les prisons françaises.

 

La situation? «Elle est dramatique!», assure Georges Fenech. Au 1er juillet, le nombre de détenus a atteint un nouveau record avec 69 375 personnes incarcérées pour 58 311 places réellement disponibles. Avec 1500 matelas au sol! Et une hausse des prévenus sous écrous de plus de 13% en un an.Le statisticien Pierre-Victor Tournier en fait la recension scrupuleuse et commentée dans ses publications.

Le garde des Sceaux doit présenter au Parlement en septembre un rapport sur l’«encellulement individuel»

Il a trouvé depuis longtemps une oreille attentive chez Jean-Jacques Urvoas. Le garde des Sceaux doit présenter au Parlement en septembre un rapport sur l’«encellulement individuel» qui doit marquer le début de sa réforme. Celle-ci passera d’ailleurs par quelques nominations à la Chancellerie, «puisqu’on ne fait pas une nouvelle politique avec les vieilles équipes nommées sous Taubira», se délecte d’avance un magistrat qui rêve de changement.

Ce sujet de l’«encellulement individuel», le ministre de la Justice le maîtrisait déjà avant d’obtenir un portefeuille. En tant que député, il lui avait dédié un rapport d’information, rendu le 24 novembre 2014. Mais à l’époque, il ne militait guère pour l’extension du parc pénitentiaire. Au contraire. «C’est pour votre rapporteur une course sans fin», écrivait-il. S’ensuivait un raisonnement étonnant, revenant à considérer que construire des places serait d’autant plus inutile que la justice pourrait être tentée de les utiliser.

C’est exactement l’argument avancé ce lundi par la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Adeline Hazan: «L’histoire a montré que plus on construisait de places, plus elles étaient remplies», met en garde cette ancienne présidente du Syndicat de la magistrature.

À droite, Georges Fenech aborde la question de façon diamétralement opposée. «Ce n’est un problème de surpopulation carcérale dont nous souffrons, mais un problème de sous-équipement pénitentiaire qui, justement, empêche de traiter les détenus dignement et selon chaque profil.» Il le rappelle: «À population équivalente, la France dispose de 58.000 places de détention contre 96.000 en Grande-Bretagne ; notre taux de 104 détenus pour 100.000 habitants est bien inférieur à la moyenne européenne de 130 prisonniers.» Les chiffres écornent un brin le mythe d’une justice tricolore trop répressive.

 

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